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La face cachée de la lune, de Martin Suter

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- Auteur: Martin Suter (1948)

- Date de publication: 2002

C'est un roman singulièrement passionnant que cet ouvrage de Martin SUTER! Inattendu, imprévisible... Je me suis laissée "emmener" avec curiosité et bonheur par cette histoire insolite.
Le récit se passe en Allemagne et s'ouvre sur la vie ordinaire d'un éminent avocat d'affaires, Urs Blank. Fortuné, en pleine ascension sociale, Blank est un homme affable, policé, bref, un mondain qui sait se tenir dans les milieux huppés qu'il fréquente. Les choses changent à partir du moment où il fait la connaissance de Lucile, une jeune hippie qui vend de l'encens sur le marché. En dépit de sa situation -Blank n'est pas célibataire-, l'avocat entame une liaison avec la jeune fille dont il est tombé immédiatement amoureux. Jusque là, l'histoire n'est pas si extraordinaire que cela.
Tout bascule véritablement le jour où Lucile décide d'emmener Blank consommer des champignons hallucinogènes. Habituelle pour Lucile, l'escapade ne semble pas particulièrement dangereuse et l'expérience aurait pu être anodine. Blank pénètre donc pour la première fois de sa vie dans un groupe de consommateurs de champignons hallucinogènes et s'initie à leurs rites. Cependant, au moment de choisir les champignons dans l'assiette qu'on lui tend, l'avocat en saisit deux petits, inconnus et différents des autres. Ceux-là se révèleront ultérieurement responsables de la tournure catastrophique que prendra l'expérience pour Blank...
En effet, à son réveil, Blank n'est plus le même homme. L'expérience l'a métamorphosé, et la consommation de ces champignons a eu pour effet de lever toutes les inhibitions et d'effacer toute conscience morale. L'ennui, c'est que ces effets ne se dissipent pas comme ils auraient dû le faire. L'expérience paraît irréversible. De courtois et avenant qu'il était, le mondain devient exécrable et misanthrope; aucune inhibition ne le retenant plus, il se montre odieux, voire violent, envers les êtres qu'il n'appréciait pas auparavant : il insulte un de ses collaborateurs, rompt sans remords avec la femme avec qui il vivait, et pire encore, il étrangle le petit chat de Lucile parce qu'il l'importunait. Son comportement devient même véritablement criminel le jour où il provoque volontairement l'accident mortel d'un homme qui l'avait énervé parce qu'il voulait le doubler en voiture.
Conscient tout de même de la gravité de ses troubles, Blank se confie à un de ses amis, un psychiatre, qui lui conseille de réitérer l'expérience des champignons mais en sa compagnie, c'est-à-dire suivi et encadré. Les champignons hallucinogènes ouvrent, paraît-il, des portes qu'ils ne referment jamais complètement.
Le renouvellement de l'expérience n'est pas concluant, et Blank n'a toujours pas retrouvé sa conscience morale. Alors, ses actes criminels continuent, au gré des circonstances. Il retrouve l'homme qui lui a vendu les champignons et le tue.
Blank part vivre dans la forêt, en ermite et en fugitif.
Le roman revêt donc forcément, au bout d'un moment, une allure policière, puisque la police se met à ses trousses.

La Face cachée de la lune est donc un roman singulier, qui déroute, surprend et attire. Sa lecture en est captivante et séduisante. Martin SUTER nous entraîne avec brio dans l'univers de la forêt, et le monde des champignons, par le biais d'un récit très documenté. Le roman est relativement "inclassable". Difficile de dire que ce roman allemand est un roman policier, et pourtant il y a bien des crimes et des policiers. Ce n'est pas seulement cela : on pénètre aussi dans l'univers fascinant de la psychiatrie, et dans les méandres du cerveau humain. Et l'on se dit qu'il suffit à l'homme d'une petite expérience apparemment anodine avec des psychotropes pour que saute le verrou des inhibitions, et que l'homme le plus correct et le plus "carré" devienne un criminel sans remords... Un criminel qui n'a pas plus de conscience morale que n'importe quel autre animal...

Par Véro.

Le loup des mers, de Jack London

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- Auteur: Jack London

- Date de publication: 19xx

Critique littéraire trentenaire, Humphrey Van Weyden embarque un jour à bord d'un bateau qui fait naufrage. Miraculeusement rescapé, il est recueilli par une goélette phoquière, Le Fantôme. Légitimement, étant non loin de San Francisco, Van Weyden, narrateur et personnage de ce récit à la première personne, suppose que l'on va le débarquer, et que l'histoire va s'arrêter là!... Il demande à parler au capitaine de la goélette, Loup Larsen. Or celui-ci est un individu redoutable et tyrannique, qui règne en despote sur un équipage qu'il terrorise par sa puissance semble-t-il invincible. Par jeu ou cruauté gratuite, il refuse de débarquer Van Weyden et lui impose de rester à bord en tant que mousse.
Le critique littéraire devient donc le prisonnier de Larsen, retenu malgré lui dans un univers caractérisé par la violence et la bestialité.
Raffiné, délicat, freluquet, peu aguerri aux exercices physiques, Van Weyden va faire véritablement un voyage initiatique. D'abord révulsé, écoeuré par la brutalité de l'équipage, composé d'hommes frustes et grossiers, il n'aura pas d'autre choix que de s'adapter pour survivre... L'intellectuel oisif, fortuné, ayant toujours vécu de ses rentes, va se trouver confronté à la réalité de la vie, et, mieux encore, de la vie la plus rude qui soit! De ce fait, durant tout le livre, il forme un curieux pendant avec Loup Larsen, le capitaine de la goélette, un homme habitué aux rigueurs de l'existence. Fascinant antagonisme que celui de ces deux hommes! L'un est une force de la nature, un colosse dont la puissance est autant morale que physique, tandis que l'autre, "né coiffé", n'a jamais eu l'occasion de développer une quelconque force. Loup Larsen, autodidacte, grand lecteur, se fait un plaisir de regarder évoluer celui qu'il appelle "Hump", et trouve par ailleurs dans les discussions avec lui un intérêt qu'il ne peut trouver auprès de son équipage inculte. De longues discussions philosophiques réunissent ces deux personnages antithétiques : Larsen, le nihiliste, pour qui la vie humaine n'a pas d'autre valeur que celle qu'on lui donne, face à Van Weyden, l'idéaliste un peu fleur bleue... Dès lors, le capitaine et son mousse se mettent à former un étrange tandem, ambivalent, mais au sein duquel Larsen n'oublie jamais de rappeler qui est le maître. "Hump", si cultivé et brillant soit-il, n'est qu'un mousse sur ce bateau...
Par une lubie de ce capitaine lunatique, le narrateur est brusquement promu au rang de second. Il se forme aux techniques de navigation. Parallèlement, son corps frêle s'est renforcé, est devenu plus résistant. Larsen se vante de faire de lui un homme "qui marche sur ses deux jambes" à l'issue de ce voyage.

Le voyage à bord du Fantôme fera de Van Weyden, en effet, un homme complet : c'est étonnamment à travers ce périple qu'il lui sera également donné de rencontrer l'amour, pour parachever son initiation. Ainsi, le héros se déniaise au fil de l'histoire... Même s'il conserve un indéracinable sentimentalisme parfois un peu agaçant!

Le Loup des Mers est donc à la fois un roman d'aventure et un roman de formation. On assiste bien à la formation d'un personnage, cependant que l'on est embarqué dans une véritable aventure à suspense et à rebondissements. Les ingrédients du roman d'aventure sont bien présents. Le vocabulaire technique utilisé par Jack LONDON confère au roman tout son réalisme : la précision extrême, quasi maniaque, un peu pédante parfois, du champ sémantique de la marine, crée la "couleur locale".

J'ai lu ce roman avec passion, heureuse de retrouver Jack LONDON après ma lecture de Martin Eden, le roman "autobiographique" de London. Le Loup des Mers m'a captivée, sa lecture en est agréable et sans effort. Il contient un charme suranné qui m'a plu. On s'attache à ce narrateur un peu naïf, fleur bleue, pas très dégourdi, et on est ravi, à l'instar de Loup Larsen, de le voir devenir un peu moins gauche...
Au-delà de cet aspect léger, Le Loup des Mers est aussi -et surtout!- un roman très profond, et parfois sombre, comme la mer sur laquelle vogue Le Fantôme : il pose de vraies questions angoissantes sur l'existence. Dans la bouche de Loup Larsen, le nihiliste, Jack LONDON a placé une interrogation sur le bonheur qui le taraudait probablement : doit-on être lucide et renconcer au bonheur -la lucidité étant hélas à ce prix!...-, ou bien faire fi de la lucidité pour pouvoir être heureux, comme choisit de le faire le narrateur?...
Loup Larsen et Humphrey Van Weyden, ces deux personnages antagonistes, représentent peut-être la dualité existant chez London : ils matérialiseraient un déchirement, une contradiction interne, chez l'auteur lui-même. Il y aurait un peu de Larsen et un peu de Van Weyden chez London...

Par Véro.

Le pouvoir du chien, de Thomas Savage

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- Auteur: Thomas Savage

- Date de publication: 19xx


Le Pouvoir du chien est un roman extrêmement séduisant, dont le ton m'a d'emblée conquise. Un roman qui se dévore avec énormément de plaisir!... Il se déroule au milieu des années 20, dans un Far West démythifié et dépouillé de bon nombre de clichés qu'on a coutume d'y attacher... Un Far West remis à sa place, un Far West qui est tout sauf idyllique. Le ranch où se déroule l'action principale ainsi que la petite ville où se situent les actions secondaires est le théâtre de toutes les férocités et de toutes les frustrations, de toutes les cruautés et de tous les refoulements. Tout est brut, sec, âpre, abrupt, sans finesse. C'est le ranch de l'homophobie et des complots, des convoitises et des aigreurs, recouverts du vernis de la réussite et de l'argent. Phil et George Burbank, deux frères quadragénaires célibataires, dirigent un ranch dans l'Ouest américain ; très différents, ils se complètent plutôt bien, George semblant s'être fait à l'idée de la supériorité intellectuelle de Phil, le doué, le brillant. Les Burbank sont depuis toujours une famille puissante et respectée.
Parallèlement, dans la petite ville voisine, se déroule une piteuse tragédie : un médecin dont la carrière est un échec, ayant sombré dans l'alcoolisme, se pend, laissant une veuve et un adolescent orphelin. Cette tragédie rejoint l'histoire des Burbank à deux endroits : le jeune médecin, intellectuel laborieux, érudit lunaire et idéaliste, est, peu de temps avant son suicide, la proie des quolibets de Phil Burbank qui croise son chemin dans un saloon et accable de mépris cet être faible et sans défense. L'humiliation subie par son défunt père se perpétue en la personne du fils, adolescent sensible, studieux et efféminé, qui est lui aussi, alors qu'il sert dans le restaurant de sa mère, la risée de Phil Burbank et de sa bande de vachers rudes et aux manières frustes. Le deuxième point de convergence des deux histoires est tout à fait inattendu, puisque, de manière secrète, George Burbank, le discret, le maladroit, celui qui ne sait pas parler, celui qui ne sait pas être spirituel, courtise, puis épouse avant d'en parler à son frère, la veuve du médecin, Rose.
Une cour et un mariage rapides, une sorte de coup de théâtre dans cette histoire qui n'est pas sans surprise. Un mariage qui a pour conséquences l'arrivée de Rose au ranch des Burbank, et le séjour de son fils Peter pendant les vacances. On imagine alors les mécanismes psychologiques qui se mettent en place chez les uns et les autres : l'irruption de la veuve et de l'orphelin du suicidé, objet du mépris de Phil, entre les deux frères. Les relations entre les personnages du livre en seront profondément modifiées. Brusquement, la donne n'est plus la même. Tout est changé pour tout le monde. Et le livre de Thomas SAVAGE en devient -en demeure, devrait-on dire, car il ne cesse jamais de l'être!- passionnant!
Les tensions psychologiques qui s'instaurent donnent au roman une dimension extrêmement intense, et Thomas SAVAGE décrit à merveille la lente corrosion qui grignote le psychisme de Rose, "torturée" moralement par les silences d'un Phil Burbank qui ne lui adresse pas la parole et la terrorise par sa simple présence haineuse et méprisante.
Les enjeux psychologiques sont tels que le lecteur ne peut pas penser une seule seconde que l'auteur va en rester là : un drame doit avoir lieu, un drame aura lieu, le lecteur le sait, le lecteur le sent.
Et c'est ce qui rend Le Pouvoir du chien admirable!
D'un bout à l'autre, Thomas SAVAGE, selon moi, excelle... Le ton est séduisant, la cruauté de l'âme humaine affleure, une subtile ironie -légère et peu appuyée- flotte en permanence dans l'air...
Le Pouvoir du chien
(premier roman que je lisais de cet auteur récemment décédé, d'après ce qu'on m'a dit) me donne envie de lire d'autres ouvrages de Thomas SAVAGE..."

Par Véro.

Shantaram, de Gregory David Roberts

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- Auteur: Gregory David Roberts

- Date de parution: 2003


Dans son ouvrage Shantaram, Gregory David Roberts retrace les "années indiennes" vécues par le narrateur, Lin, Australien en cavale à Bombay.

A l'issue d'un parcours personnel tortueux et douloureux -son divorce l'a privé de la garde de sa fille et l'a conduit à trouver refuge dans l'héroïne-, Lin est devenu un gangster dont la tête est mise à prix dans son pays.
A Bombay, il s'intègre et se mêle parfaitement à la population indienne, dont il apprend les différentes langues ; il tisse des liens d'amitié, emménage dans un bidonville illégal et apprend à connaître cette ville et ses habitants qu'il se met à aimer profondément
Shantaram s'est révélé un roman captivant, enrichissant et une lecture inoubliable pour plusieurs raisons.
Le personnage de Lin, tout d'abord, ce narrateur impossible à enfermer dans un quelconque stéréotype, a suscité en moi des réflexions sans fin. Difficile à cerner, car terriblement ambivalent, ce personnage force l'admiration par son courage, sa loyauté, son humanisme, son sens inaltérable de l'amitié, sa fierté, mais il m'a en même temps souvent déroutée, voire destabilisée, par l'extrême violence dont il est parfois capable dans les combats (nombreux dans le livre, puisque cet ouvrage évoque une existence où tout n'est pas rose et où les criminels ainsi que les gardiens de prison ne sont pas des enfants de choeur).
Le profond humanisme qui régit le personnage de Lin coexiste chez lui avec une aptitude naturelle à se livrer aux actions les plus répréhensibles. En effet, alors que, installé dans son bidonville, partageant la pauvreté de ses voisins, vivant pleinement cette magnifique solidarité qui unit ces êtres privés de tout, Lin s'improvise "médecin" du bidonville et soigne gratuitement, à l'aide d'un modeste matériel médical qui l'a hissé à ce rang, les malades et les blessés. Lors d'une épidémie de choléra, il se dévoue à eux au péril de sa vie.
Un personnage, donc, qui ne craint pas d'exposer sa vie. Et là où le paradoxe m'a semblé le plus aigu, c'est que ses rencontres et amitiés, ainsi qu'un séjour douloureux dans une prison indienne, conduisent finalement Lin à travailler pour la mafia. Recruté par le chef d'un gang mafieux de Bombay -homme âgé qui sera pour lui une figure paternelle-, Lin se livre au trafic de passeports, de devises, d'or. Il devient riche, s'installe dans un appartement confortable mais continue à rendre régulièrement visite à ses amis pauvres du bidonville. Il ne tue pas lui-même, mais participe à des actes criminels, et pousse l'amour et l'admiration pour son père d'adoption jusqu'à aller avec lui faire la guerre en Afghanistan.
Lin montre dans ces différentes circonstances un courage et une bravoure qui lui permettent d'endurer tortures et conditions de vie atroces.
Là où il m'a désarçonnée en tant que lectrice, c'est que ce même Lin, chaleureux, généreux, soignant les autres au péril de sa propre vie est également capable de dureté, de férocité, sinon de barbarie, dans les combats - où il ne craint pas d'arracher un oeil à un ennemi...
Ces deux aspects de sa personnalité, qui ne sont pas antinomiques chez lui, fusionnent en un sens aigu de l'honneur.
Lin s'avère être un personnage profondément attachant, par sa sensibilité extrême -la mort d'un ami le fait replonger dans l'héroïne-, sa vulnérabilité, les souffrances, blessures et cicatrices qu'il emmène partout avec lui, même dans sa fuite à Bombay... Son amour fervent et passionné pour Karla, également, Européenne exilée elle aussi à Bombay.
La lecture de Shantaram est par ailleurs captivante par la richesse de ses évocations de la vie à Bombay et de la culture indienne, dont le narrateur s'imprègne au point de la faire sienne. Son coeur devient indien, comme il le dit lui-même dans le livre. "Visage blanc et coeur indien". Cet étranger à Bombay devient un amoureux de la mentalité et du mode de vie indiens, qu' il décrit avec tendresse, et également avec force détails, qui font de Shantaram un récit extrêmement précis et foisonnant. Pour ma part, j'ai "vécu" par la pensée à Bombay pendant toute la durée de ma lecture.
Enfin, la traduction française de Shantaram nous livre un texte poétique mais sans emphase, dans un style original et vrai, dépourvu de grandiloquence, sobre mais travaillé à la fois, d'une élégance extrême, délicieux à lire.
Shantaram est, pour conclure, un roman qui "sonne vrai", mené avec toute la sincérité d'un individu qui a vu, vécu et souffert.
C'est un récit qui donne envie de mieux connaître encore Gregory David Roberts, dont l'existence fournit sa trame à Shantaram -son propre périple est à l'origine de son ouvrage, que l'on peut qualifier d'autobiographique- et qui donne aussi la curiosité de jeter un coup d'oeil sur le film dont la sortie est imminente.

Par Véro.

L'Odyssée d'Homère

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- Auteur: Homère (VIIIème siècle avant J.C.)

Ce livre est l’un des plus grands chef-d’œuvres de l’histoire de la littérature, un classique incontournable.

L’histoire est construite dans la plus pure tradition des récits épiques transmis oralement et on ressent en effet tout au long de l’œuvre qu’avant d’être lu, le récit a été conté, avant d’être écrit, il a été raconté.

Il vient de loin ce récit, de loin et de longtemps. Il vient du temps des orateurs et des aèdes, du temps où l’on savait écouter et raconter. Avant d’émerveiller les yeux, il a ensorcelé bien des oreilles, et s’est emparé de la mémoire collective, de l’esprit et envoûté bien des âmes. La tradition orale des récits épiques et de l’Odyssée en particulier, est un élément fondamental à prendre en compte quand on aborde l’œuvre, magnifique et éternelle. Devant la magnificence de cette œuvre, devant sa beauté et sa perfection, le lecteur contemporain qui l’aborde se sent un peu comme un pirate hirsute, indiscipliné et criard qui quitte une coque de noix difforme et ballottée par les flots à l’abordage d’un vaisseau majestueux qui vogue paisiblement.

En étant tout à fait pragmatique, le lecteur s’aperçoit rapidement que le récit se compose à la manière d’un puzzle dont certaines pièces sont répétées, d’autres rajoutées et d’autres encore probablement manquantes. A l’instar de nombreuses légendes racontées au coin du feu et dont chaque orateur, avec force insistances, omissions et rajouts, transmet sa propre version, unique, éphémère qui meurt aussitôt née, dès lors qu’elle s’échappe de l’enclos rétenteur de son esprit par l’ouverture de sa bouche, comme un oiseau s’évade de sa cage en s’envolant dès qu’elle s’ouvre, ce récit a probablement dû connaître de nombreuses versions avant que celle-ci ne nous parvienne.

Ainsi dans sa forme contemporaine, enfermé dans une cage en papier, dont les barreaux de lettres horizontaux ne le laissent plus s’évader, le récit parait éternellement figé, dans sa version transcrite qui ne pourra dès lors plus évoluer.

Dans cette version définitive que l’on attribue à Homère mais dont on s’autorise à penser qu’elle émane plus probablement de plusieurs auteurs d’époques différentes plutôt que d’un seul, le lecteur suit les pérégrinations d’Ulysse, l’homme aux mille ruses, qui erre en de multiples périples, pour retourner en son pays et sa patrie. L’Odyssée est en effet la suite chronologique de l’Iliade qui aborde les péripéties de la Guerre de Troie dans laquelle Ulysse (ainsi qu’Hector, Pâris, Ménélas, Achille entres autres) est engagé. Après neuf années d’âpres batailles et la fin de la guerre, Ulysse vogue au creux de son vaisseau pour rejoindre sa mère patrie, mais ce voyage à travers la méditerranée antique n’a rien de tranquille, et va s’avérer tumultueux et semé d’embûches. « L’Odyssée » retrace l’histoire de ce voyage qui va durer 11 années.

La première partie de l’histoire retrace « la Télémachie » durant laquelle Télémaque le fils d’Ulysse ne supporte plus les exactions des prétendants de sa mère Pénélope, considérée comme veuve et par conséquent convoitée bien malgré elle, et qui profitent grassement des richesses et des biens du roi d’Ithaque, Ulysse, en son absence. Télémaque ne pouvant plus refreiner son impatience de voir son père rentrer et rongé par le doute au sujet de sa probable mort, entreprend une expédition, au grand damne des prétendants afin de glaner des informations à son sujet. Il va rencontrer Hector puis Ménélas à Sparte mais ne sera malheureusement d’aucun secours pour son père et devra déjouer de surcroît un traquenard tendu par les prétendants. Télémaque constitue pour ces derniers le dernier rempart à l’hymen de Pénélope et surtout à la conquête du royaume.

Pendant ce temps à Ithaque, Pénélope rongée par le chagrin, déploie d’ingénieuses ruses visant à éconduire le plus longtemps possible les fougueux prétendants.

Ulysse de son coté ayant perdu son vaisseau et tout son équipage, obnubilé tout au long de l’épopée par le seul dessein de retourner chez lui, est retenu seul depuis six ans par la déesse Calypso éprise de son captif, avant qu’un conseil des dieux ne la force à le libérer.

S’ensuivent de manière exclusivement narrative, la description des péripéties de souffrance et d’endurance du périple d’Ulysse pour rejoindre les siens, dont sa seule ruse et sa volonté farouche vont avoir raison contre le sort et la volonté des dieux. Tout au long du récit épique le lecteur est dans l’expectative de ce retour sans jamais vraiment savoir s’il pourra se réaliser.

Au contraire d’Hercule par exemple qui devint Héros par ses capacités physiques exceptionnelles, Ulysse est par essence un être doté d’une intelligence, d’une endurance et d’une ruse hors du commun. Ainsi l’auteur lui attribue tout au long du récit, les dénominatifs « d ’Ulysse aux milles tours », « Ulysse l’avisé » ou « Ulysse aux milles ruses » ou encore « le héros d’endurance » qui contribuent à lui conférer ce statut héroïque. Tantôt bonimenteur, tantôt calculateur le récit du périple d’Ulysse est jalonné de ces multiples ruses.

L’intervention continuelle des dieux à son égard, qui peuvent être présentés soit comme ses détracteurs comme Poséidon par exemple, ou bien comme ses bienfaiteurs comme Athéna, et l’interaction permanente qu’ils s’octroient sur le déroulement de l’histoire et l’accomplissement du dessein d’Ulysse, tendent à le sortir de sa condition d’homme pour le rapprocher du statut de divin. On perçoit même le protagoniste comme celui qui défie la volonté des dieux, attisant les foudres de certains mais suscitant le respect des autres. Il devient par conséquent un demi-dieu, comme l’atteste l’affection particulière que porte Athéna « aux yeux pers » pour son « grand cœur d’Ulysse » ou son « divin Ulysse ».

Malgré quelques anachronismes dus au 6 siècles qui séparent l’époque durant laquelle se déroulent les fait (environ 1200 Av. JC) par rapport à l’époque supposée où ils sont décrits par Homère ( environ 600 Av. JC) , bien que ce soit un récit légendaire, et qu’Ulysse ainsi que la guerre de Troie d’ailleurs n’aient jamais existés, le récit présente malgré tout un intérêt historique dans la mesure où il aborde les us et coutumes des méditerranéens de l’époque de l’age de bronze, basés entre autre sur l’hospitalité et les rites guerriers, ainsi que des informations sur leur façon de se vêtir, les moyens de transport de l’époque et une foultitude de détails très intéressants. Il fait l’apologie de la ruse sur la force, de la réflexion et de la patience sur l’emportement. « Patience mon cœur, tu as connu de bien pires souffrances, viendra le jour où justice sera faite » : cette réplique d’Ulysse à lui-même, alors que son sang est en train de bouillir parait résumer le leitmotiv de l’œuvre et reprise bien plus tard « Patience et longueur de temps valent mieux que force ni que rage »

Ce récit présente également un intérêt littéraire extraordinaire, dans la mesure ou c’est un des premiers textes de l’histoire de l’humanité, un texte originel. Parsemée de métaphores, d’allégories et d’images plus poétiques et plus belles les unes que les autres, ce texte est d’une beauté qui pourrait justifier à elle seule sa lecture.

Indispensable dans toute bibliothèque digne de ce nom et a lire absolument.

Par Olivier.

Lettre au père, de Franz Kafka

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- Auteur: Franz Kafka (1883 - 1924).

- Date de publication: 2002


Cette lettre de Kafka adressée à son père ne lui a jamais été remise. L'auteur analyse l'incompréhension de leur relation. Les reproches sur l'éducation nous immiscent dans leur vie privée et ce sentiment de voyeurisme à travers de nombreux exemple sincère et touchant tel que les repas, le travail, l'école, le judaïsme, le commerce de kafka-père, l'orientation professionnelle de Kafka-fils ou encore le mariage, thème clé de cette lettre, peut à certains moments nous donner l'envie de ne pas nous y mêler et refermer ce livre pour ne pas lire une lettre personnelle sur laquelle on serait tombé par hasard.
Kafka tente de comprendre les agissements d'un père autoritaire, et malgré lui méprisant. Il explique les conséquences de cette éducation, à travers des anecdotes, dont certaines sont insignifiantes sur le moment, mais tellement lourde de conséquences sur la future personnalité, nature et individualité de l'auteur.

Par Greg.

Le dernier templier, de Raymond Khoury

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- Auteur: Raymond Khoury (1960)

- Date de publication: 2006